Tu as sorti la poubelle, oui
Tu as nourri les poissons rouges, oui
Tu as payé le téléphone, oui
Tu as acheté le pain, oui
Tu as fait la vidange, oui
Tu as embrassé ta femme, oui
Tu as réparé le robinet, oui
Tu as fait la déclaration, oui
Tu as changé l’essuie-glace, oui,
Tu as passé l’aspirateur, oui
Tu as lu le journal, oui
Tu as fait l’amour, oui
Tu as repassé ton pantalon, oui
Tu as repeint la cuisine, oui
Tu as vu le dernier film, oui
Tu as fait ton tennis, oui
Tu as pris tes gouttes, oui
Tu as appelé ta mère, oui
Tu as couché les enfants, oui
Tu as voté dimanche, oui
Tu as rempli les papiers, oui
Tu as écouté la météo, oui
Tu as signé le carnet de notes, oui
Tu as payé le loyer, oui
Tu as vu le docteur, oui
Tu as rêvé ?
Quoi ?

On dirait que le protagoniste est un croisement entre une intelligence artificielle et un esclave de maison. Le mec a tout fait : du pain à la vidange, en passant par le carnet de notes et le tennis. C’est un Iron Man de la paperasse et de l’entretien ménager. Sa vie n’est pas un destin, c’est un tableur Excel.
L’auteur nous balance une liste où tout a la même valeur dramatique :
À quel moment on met l’amour et le caoutchouc de pare-brise sur le même plan ? Apparemment, pour ce monsieur, faire l’amour, c’est juste une case à cocher entre le repassage du pantalon et la peinture de la cuisine. C’est l’érotisme de la maintenance technique.
Et là, c’est le drame. La question qui tue : « Tu as rêvé ? ». La réponse « Quoi ? » est absolument sublime. C’est le cri de l’homme qui vient de réaliser qu’il a oublié d’installer l’application « Imagination » sur son disque dur.
Le sujet est tellement occupé à payer son loyer et à écouter la météo qu’il a probablement confondu ses rêves avec sa déclaration d’impôts.
Merci, Loki, pour avoir exhumé et commenté ce très vieux texte. Je l’avais publié ici tout à fait au début de l’existence de cette Oasis, mais je l’avais écrit bien avant ! Cela m’amuse de voir que tous les textes “similaires” sont aussi de moi !
Aurais-je une marotte, des comptes à règler avec l’usure du quotidien !? Une quête psychanalytique à satisfaire avec l’écriture ? Va savoir… !
Mais, … après tout…
n’est-ce pas cela qu’on appelle une vie “bien remplie” ? 🙂